Le texte original est paru dans le Globe and Mail du 28 octobre 2018.

Voilà des décennies que des efforts inlassables sont déployés en vue de mettre les femmes sur le même pied d’égalité que les hommes dans le milieu du travail. Aujourd’hui, ce mouvement est sur une lancée irréversible.

C’est le fruit de la convergence de plusieurs facteurs. En effet, des générations successives ont grandi dans un monde où il est normal de voir une femme chef d’État, athlète accomplie ou à la tête d’une grande entreprise. Les éducateurs favorisent une vision inclusive et saine des sexes, tout en encourageant les filles et les jeunes femmes à conquérir les domaines STIM où, en fait, elles excellent. Sur le marché du travail, les entreprises ont pris conscience que, en plus d’être la bonne chose à faire, la promotion de l’égalité des sexes améliore le rendement de l’organisation.

Malheureusement, dans de nombreux cas, ces gains ne se sont pas traduits en équité salariale. Nous devons donc combiner l’aspiration à devenir une société plus juste avec des politiques publiques qui poussent à l’action.

Ce dernier point est essentiel. Il y a une limite au changement qui peut s’opérer grâce aux mutations culturelles, aux normes volontaires et aux arguments économiques. Ainsi, le texte législatif sur l’équité salariale en élaboration à Ottawa est la bonne loi, au bon moment, pour les bonnes raisons. L’Association des banquiers canadiens salue cette initiative.

L’égalité entre les sexes est un droit élémentaire! Par ailleurs, selon notre expérience, elle améliore l’environnement au travail. Voilà plus de 35 ans que les banques au Canada ont adopté les principes de la parité salariale. Nous avons trouvé que le fait de constituer une main-d’œuvre équilibrée est non seulement juste et équitable, mais il élargit aussi notre capacité de rivaliser pour le meilleur talent, de comprendre nos clients, de mettre à profit différentes façons de penser, et de réagir aux changements rapides des marchés.

La loi a pertinemment guidé ce progrès. Les systèmes de rémunération et d’évaluation des postes conçus par les banques tiennent compte de la neutralité des genres et sont conformes à l’Ordonnance sur la parité salariale, laquelle précise les modalités d’application des dispositions en matière d’équité salariale dans la Loi canadienne sur les droits de la personne.

Les statistiques sur l’emploi dans le secteur bancaire révèlent la réussite de ces efforts. Selon les chiffres de 2016, les femmes représentaient 59,5 % de la main-d’œuvre dans les six plus grandes banques canadiennes, un taux largement supérieur à celui de tout autre secteur sous réglementation fédérale. Le secteur bancaire dépasse les seuils établis par le gouvernement pour la représentation des femmes à divers échelons, y compris au niveau de la direction et des cadres intermédiaires; et les femmes y occupaient 36 % des postes de cadres supérieurs en 2016. Depuis 2017, les conseils d’administration des six plus grandes banques au Canada comptent en moyenne 36 % de femmes.

Les banques savent qu’il y a encore du chemin à faire pour créer des plans qui soutiennent le développement de carrière des femmes, entre autres par voie d’encadrement, de mentorat et de promotion. Toutefois, la parité salariale est un élément essentiel de l’équation. Les banques ont établi des plans internes qui veillent à la neutralité des genres en ce qui a trait à la rémunération, et ont mis en place un nombre de mesures favorisant une paie équitable.

Ces mesures comprennent les vérifications systématiques pour cerner les variations dans la paie, l’exigence que les décisions en matière de rémunération soient fondées sur des critères neutres en matière de genre, les contrôles ponctuels pour qu’il n’y ait aucun préjugé dans les décisions en matière de rémunération, ainsi que les exercices de maintien de l’équité salariale qui corrigent les écarts salariaux. Les banques du Canada appliquent ce qu’elles prêchent en matière d’équité salariale et resteront des chefs de file dans ce domaine.

Aussi, nous sommes conscients que des organisations dans divers domaines sous réglementation fédérale au Canada auront besoin d’une période d’ajustement afin d’être conformes à la loi. Les représentants du secteur bancaire poursuivront leurs rencontres avec les experts et les intervenants pour communiquer l’expérience des banques et veiller à ce que les nouvelles réformes soient rigoureuses et produisent des améliorations substantielles à long terme sur le chapitre de l’équité salariale.

Le monde des affaires traverse une période de grands changements. Des facteurs perturbateurs dans les domaines de la technologie, du commerce international, de l’évolution des populations et du comportement des consommateurs obligent les entreprises à réagir et à s’adapter en toute vitesse. Pour pouvoir faire concurrence et gagner dans cette économie, nous avons besoin de la participation la plus large possible, à tous les niveaux.

La diversité, l’inclusion et l’égalité – surtout relativement aux femmes dans le milieu du travail – constituent le meilleur chemin à emprunter pour les entreprises canadiennes, un chemin qui fera de notre pays, dans son ensemble, un endroit meilleur. La législation fédérale en matière d’équité salariale est une dalle essentielle qui s’ajoute à cette voie vers un objectif visé depuis longtemps.