Bonjour et merci de nous avoir donné l’occasion de participer aujourd’hui à votre importante étude sur le risque systémique.

La crise financière a permis au système bancaire canadien de prouver son immense force et son vaste talent – soit une gestion efficace des banques et un encadrement rigoureux fondé sur des principes. Malgré les mauvaises conditions des marchés financiers, qui ont conduit à la faillite ou au renflouement de banques partout dans le monde, aucune banque canadienne n’a fait faillite ou eu recours à une injection de capitaux. Au contraire, durant la crise financière, chaque trimestre les banques canadiennes ont augmenté le montant de crédit accordé aux petites et moyennes entreprises, pour une hausse de 7 % sur le crédit octroyé aux PME entre le début de 2007 et la fin de 2009.

À la suite de la crise financière, un travail énorme a été entamé, aux niveaux national et international, en vue de rendre les institutions financières plus résilientes aux tensions financières. Ainsi, les banques affichent actuellement une meilleure capitalisation et de plus grands montants de fonds disponibles qu’il y a une dizaine d’années. Les mesures complémentaires adoptées en vue d’augmenter le capital sont en fait des normes conçues dans l’objectif de veiller à ce que les banques disposent d’assez de liquidités pour répondre à leurs obligations commerciales durant une période de tensions financières. Les banques canadiennes, déjà solides et stables avant la crise financière et tout au long, disposent désormais de capitaux en plus grande quantité et de meilleure qualité, et ont renforcé davantage leur résilience en détenant d’importantes liquidités.

Les chargés de la réglementation ont tiré de grandes leçons de la crise financière, notamment qu’il faut prêter une attention particulière aux institutions financières de grande taille, qui affichent une multitude d’interconnexions, et qu’il est particulièrement important de veiller à ce que ces institutions restent solides et stables vu le rôle qu’elles jouent dans les systèmes financiers national et international. Ainsi, ils ont créé une nouvelle désignation pour ces banques. Les grandes banques qui ont beaucoup d’interconnexions mondiales sont appelées « banques d’importance systémique mondiale », ou BISM. Cette désignation est accompagnée d’un ensemble d’exigences réglementaires additionnelles destinées à raffermir la stabilité et la résilience financières, ainsi que davantage d’exigences en matière de reddition de comptes. Les organismes de réglementation propres à chaque pays ont également été encouragés à désigner leurs « banques d’importance systémique nationale » (BISN). Le BISIF traite les BISN du Canada comme des BISM, leur imposant les exigences auxquelles les banques d’importance systémique mondiale doivent répondre et les soumettant à une supervision accrue.

En plus des mesures adoptées afin de raffermir les institutions du point de vue financier, des processus ont été élaborés pour donner aux organismes de réglementation le moyen de constater comment les grandes banques surmonteront les périodes de turbulence financière. Les organismes de réglementation exigent des grandes institutions financières d’élaborer des plans de rétablissement financier en périodes de tensions. Ces plans sont élaborés conjointement avec la SADC, qui les revoit annuellement afin de veiller à ce qu’ils demeurent à jour. Le BSIF et la Banque du Canada exigent que les BISN entreprennent des simulations de crise macro‑économiques chaque deux ans pour mesurer la résistance de leur structure financière à de tels événements.

En complément aux exigences de planification, les autorités de réglementation disposent de nouveaux outils leur permettant de mener la résolution d’une institution financière qui se trouve en difficulté financière sans devoir franchir la dernière étape de fermeture et de liquidation. Le gouvernement a officiellement nommé la SADC comme autorité de règlement les banques au Canada, et la Banque du Canada comme autorité de résolution pour les « infrastructures de marchés financiers », soit les systèmes de compensation et de règlement des paiements de l’ensemble du système financier.

Beaucoup d’efforts ont été investis dans le raffermissement de la vigueur et de la stabilité financières, un objectif essentiel. Néanmoins, nous devons garder à l’esprit l’importance d’assurer un équilibre entre ces mesures, d’un côté, et le besoin d’une croissance économique, de l’autre. Exiger des institutions financières de bloquer de larges sommes afin de couvrir leur portefeuille de prêts peut empêcher ou restreindre les activités de prêt, et freiner ainsi la croissance économique et la création de nouvelles entreprises. Également, exiger que les banques gardent de larges sommes en liquidité les dissuadera d’investir dans des produits avantageux pour l’économie, comme les prêts personnels et commerciaux. Les conséquences de ce compromis ont été moins palpables au Canada en raison de la vigueur de notre système bancaire. Mais les décideurs dans d’autres régions où le système bancaire est plus faible, comme certaines régions d’Europe occidentale, ont émis des préoccupations quant au fait que des mesures additionnelles en matière de capital affaibliront considérablement la croissance économique. L’équilibre et la vigilance sont donc de mise!

Finalement, nous devons veiller à ce que la réglementation n’entraîne pas accidentellement un transfert de risque du secteur réglementé au secteur non réglementé, soit le secteur bancaire parallèle. Le but des mesures adoptées à la suite de la crise financière était de réduire le risque pour le système en général. Dans l’ensemble, c’était réussi. Mais nous devons guetter tout signal indiquant que le risque passe de l’espace réglementé aux prêteurs et aux fournisseurs non réglementés, car ce sera contreproductif.

Merci et je serai heureux de répondre à vos questions.