Services bancaires futurs : supprimer les frictions entre les environnements numérique et physique

Dans un récent article, j’ai expliqué pourquoi les nouveautés dans les technologies financières sont bien ancrées et pourquoi l’environnement FinTech d’aujourd’hui sera plus durable que ce qu’il était au début du siècle. Sur quoi s’appuie donc la réalité FinTech d’aujourd’hui comparativement au tapage et aux espérances d’il y a plus de dix ans? Sur l’adoption généralisée de la technologie numérique par les consommateurs ainsi que sur le monde bâti autour de cette technologie! En effet, la technologie est ancrée dans notre société, les consommateurs adoptent facilement l’expérience en ligne, et les outils en ligne et mobiles complètent les services personnels.

Toutefois, nous sommes à un moment décisif.

Nous vivons dans un nouveau monde numérique alors que nous sommes retenus par de vieux modes de fonctionnement analogiques. D’un côté, nous recourons aux services bancaires en ligne pour payer nos factures et transférer des fonds, et de l’autre, nous devons remplir des formulaires papier à n’en plus finir pour ouvrir un compte bancaire. Ce n’est qu’une illustration parmi mille de la tension dynamique qui existe entre nos mondes numérique et physique, et qui empêche une interaction facile et des opérations harmonieuses. Afin de répondre réellement aux besoins des clients, il faut supprimer ces frictions entre l’environnement numérique et l’environnement physique. Et c’est ce qui se produit grâce à l’identité numérique.

Enjeux économiques de l’identité numérique

L’identité numérique est un moyen simple et sécuritaire pour les individus de valider leur identité électroniquement, sans devoir présenter des documents papier (consultez le livre blanc de l'ABC pour un bon survol de l’enjeu).

Une approche fédérée de l’identité numérique au Canada permettra aux citoyens d’épargner un temps précieux. D’un point de vue bancaire, environ 5 % des consommateurs au Canada changent d’institution financière chaque année, ce qui est pratiquement le cas dans tous les pays développés. Dans un pays comptant 31 millions d’adultes, dont pratiquement tous détiennent un compte bancaire, ce taux signifie qu’environ 1,5 million de comptes sont ouverts chaque année, et que près de 1,5 million de visites en succursales sont effectuées chaque année afin de présenter les preuves d’identité sur papier. Si je fais le calcul sur l’ensemble des pays membres de l’OCDE, qui totalisent un nombre d’adultes juste en dessous d’un milliard de personnes, j’obtiendrai 50 millions de visites annuelles de succursales juste pour ouvrir un compte bancaire. Et nous ne parlons ici que de comptes bancaires. Ajoutez-y les autres services publics et privés qui nécessitent que le client montre son identité et le chiffre deviendra astronomique. Il est donc évident que le coût pour la société est énorme.

Modernisation des politiques publiques pour adopter l’identité numérique

Il revient au gouvernement de mettre en avant le système d’identités numériques et de le développer en collaboration avec le secteur privé. Les décideurs doivent regrouper les éléments les plus brillants et les plus talentueux dans les banques, les entreprises de télécommunication, les forces de l’ordre et le gouvernement en vue de mettre au point et d’implanter un système dynamique et adaptable. En outre, l’environnement législatif canadien devra permettre aux organisations et aux entreprises d’accepter l’identité numérique comme moyen d’identification du client. À cette fin, il faudra, entre autres, mettre à jour la législation en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et la disposition « bien connaître son client » pour que les institutions puissent accepter l’identité numérique de la même façon qu’elles acceptent l’identité physique, sur papier.

Protection en vue de l’accès de tierces parties aux données

Nous vivons dans une ère où l’accès aux données bancaires par de tierces parties est de plus en plus sollicité et où le client doit donc posséder les outils pour pouvoir gérer ses finances en sécurité. Les premières expériences dans ce sens, qui ont eu lieu au R.‑U., ont donné des résultats mitigés à cause des défis liés à l’intégration et à l’authentification des clients en l’absence d’un système fiable d’identités numériques. Si nous arrivons à développer un système d’identités numériques efficace, nous amènerons de réels changements et une formidable amélioration de l’expérience numérique des consommateurs au Canada. Si nous échouons, nous pourrons créer un rétrécissement des opportunités dans l’innovation numérique, produisant un ralentissement dans l’émergence de nouvelles technologies et limitant les fonctionnalités.

Besoin d’éléments brillants et hautement formés

L’identité numérique facilite les innovations dans les services financiers. Il faudra toutefois des cerveaux brillants et très bien formés pour créer les produits et les services soutenant l’usage de ces innovations. Nous devons donc nous assurer que ce talent est disponible et doté des capacités requises afin d’aider les banques à poursuivre leurs efforts novateurs. Dans le domaine bancaire, nous constatons une pénurie aiguë de talent dans la cybersécurité et les technologies de paiements : les bons éléments sont difficiles à trouver, difficiles à garder et encore plus difficiles à remplacer. L’ABC a souligné cette réalité dans son mémoire au sujet de la stratégie nationale de cybersécurité et a mis l’accent sur le besoin de donner la priorité au capital humain. La plus récente étude sur la politique économique du BIAC (comité consultatif des affaires et de l’industrie de l’OCDE) a révélé que le capital humain était l’enjeu le plus fréquemment signalé comme devant faire l’objet d’une réforme en vue de pouvoir soutenir la croissance des pays membres de l’OCDE. Il existe un besoin urgent et tangible de mieux intégrer l’éducation et les affaires pour que les programmes académiques puissent générer des diplômés ayant les aptitudes nécessaires dans les domaines où la demande est importante.

En résumé, nous vivons une transformation technologique durable. Afin que notre progrès technologique au Canada soit bénéfique pour tout le tous – clients, entreprises et gouvernement – nous devons supprimer les dernières frictions entre les milieux physique et numérique. Nous devons établir un système d’identités numériques fédéré qui soit efficace. Nous devons veiller à adopter une stratégie favorisant l’émergence d’une main d’œuvre qualifiée, capable de créer les produits et les services novateurs de demain, qui sont susceptibles de se servir du progrès technologique. Et nous devons tisser des liens plus solides entre l’éducation et le marché du travail. C’est ainsi que l’innovation perdurera pour le général.